Les paradoxes de Louis Fouché, le docteur antivax

 


Un article du Monde sur l'ami Fouché des "évéillés".
Il dit “sortir de l’idéologie anxieuse néolibérale technosanitariste transhumaniste mondialisée”… D’autres à l’ultradroite nationale-révolutionnaire, des gens dangereux, disent pratiquement la même chose… Bizarre, non ?
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Les paradoxes de Louis Fouché, le docteur antivax
Par William Audureau
Publié le mardi 8 juin 2021 à 19h13, mis à jour à 14h57
Raté. Ce n’est pas encore aujourd’hui que Louis Fouché nous appellera, malgré le rendez-vous qu’il a lui-même fixé. Ce n’est que la deuxième fois en une semaine. Renseignement pris, le médecin, anesthésiste-réanimateur, est coutumier du fait. Dans son service, celui des grands brûlés à l’hôpital de la Conception, à Marseille, il n’est pas rare que ses collègues se mobilisent en urgence parce que le soldat Fouché est porté disparu. « Injoignable », explique un de ses collaborateurs, une pointe de lassitude dans la voix.
Il avait pourtant pris le temps, lorsqu’on l’avait contacté une première fois pour un autre article, d’expliquer doctement sa vision du monde pendant une heure. Mais, après cette succession de rendez-vous téléphoniques manqués, il déplore un « harcèlement » lorsqu’on lui envoie des questions par courriel, questions auxquelles il a fini par répondre.
Imprévisible, Louis Fouché ? « Il a toujours fait un peu ce qu’il voulait », corrobore Julien Textoris, qui a fait son internat de médecine avec lui. Ce qu’il veut, en ce moment, c’est livrer sa vision du monde à un public conquis. Il s’y applique sur Facebook et YouTube, qu’il inonde de ses antiennes sur les vaccins – « un viol » –, l’importance du « retour au réel », ou encore sur le « déferlement totalitaire qui va s’effondrer dans un éclat de rire ».
Omniprésence médiatique
Ce grand contempteur des géants du numérique est le premier à user des réseaux sociaux pour coordonner les actions de RéinfoCovid, le collectif antirestrictions sanitaires qu’il a fondé en 2020 et qui revendique, selon lui, plus de 4 000 membres chez les soignants et les universitaires. C’est qu’à sa blouse blanche Louis Fouché a aujourd’hui ajouté une casquette de stratège.
Devenu spin doctor de la France antivaccin, il mène une guerre culturelle, dans laquelle il préconise d’« inonder YouTube, Facebook, Twitter », comme il le détaille le 23 avril lors d’une discussion sur la chaîne de RéinfoCovid, animée par le vidéaste Hayssam Hoballah, qu’il a soutenu dans la création de listes aux régionales de juin. Dans ce combat, il prône l’« aïkido », se présente comme un « diplomate » ou un « ambassadeur » et recommande de « danser avec l’adversaire ».
« Ma petite personne, tout le monde s’en fout », s’agace en revanche par courriel le médecin, qui ne souhaite pas qu’on lui consacre un portrait. « Nous sommes plus de trente-cinq porte-parole, 1 950 médecins et universitaires, 2 000 soignants, Fouché n’est qu’un parmi d’autres », minore-t-il. Sa modestie semblait moins évidente dans un entretien accordé en décembre 2020 à Néosanté, une revue de santé alternative, quand il expliquait s’être « mis à disposition ; un peu comme dans tous les grands appels de l’histoire ».
Depuis six mois, son omniprésence numérique, les applaudissements qui l’ont accompagné à Nîmes, Marseille ou Avignon lors de manifestations antirestrictions, ou son penchant à parfois parler de lui-même à la troisième personne font planer le doute sur ses ambitions. « Je ne pense pas qu’il ait l’ego assez surdimensionné pour tomber dans le culte de la personnalité », nuance le « gilet jaune » Maxime Nicolle, tout en lui reconnaissant « une capacité de fédérer assez impressionnante ».
Des « gilets jaunes » à La Manif pour tous
A la manière du militant de la démocratie participative Etienne Chouard, dont il est proche, Louis Fouché est en effet passé maître dans l’art de séduire au-delà des clivages. A la fois citoyenniste, localiste et farouche critique de Bruxelles, il cherche à séduire de l’extrême gauche à l’extrême droite, autour d’un slogan flou : « se mettre en lien ».
Très engagé dans les cercles restauratifs (processus communautaires de résolutions de conflit) et les expériences de gouvernance partagée, Fouché a des amis de gauche, soutient le mouvement (#)metoo et est invité sur le « média indépendant » Vécu et des live de « gilets jaunes ». Mais il est aussi présent sur CNews, Sud Radio et surtout Egalité et réconciliation, des médias allant de la droite ultraconservatrice à la plus franche extrême droite.
Il tient également des propos traditionalistes proches de La Manif pour tous, par exemple sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Il dénonce de « faux débats idéologiques à base de slogans et d’idéologies binaires » qui occulteraient la subtilité de sa pensée : « défenseur du vivant », il affirme avoir, sur l’IVG, un « avis contrasté ». Il refuse en revanche de détailler ses vues sur la procréation médicalement assistée ou le mariage pour tous, à propos desquels « aucune position péremptoire ne [lui] semble de mise ».
Louis Fouché récuse aussi le terme « antivaccin », qui lui est souvent accolé. « Etre pour ou contre les vaccins n’a aucun sens, détaille-t-il au Monde. Vous devez regarder au cas par cas, en fonction de la maladie, du produit, de la science, du recul clinique, du patient à traiter. » Il est en revanche opposé à la politique vaccinale contre le Covid-19, qu’il compare à un « glissement totalitaire » et il n’hésite pas à propager des informations contestées sur les vaccins à ARN messager.
Séduisant principalement dans les sphères naturopathes et complotistes, il prend soin de ne jamais se désolidariser des rumeurs les plus farfelues. « Il y a peut-être des pédocriminels dangereux qui mangent des enfants, j’en sais rien, en vrai », esquive-t-il par exemple, le 13 mai, sur Bas les masques, une chaîne conspirationniste comptant environ 6 000 abonnés. « Je ne comprends pas de quoi vous parlez. Vous nagez dans des fantasmes », élude-t-il aujourd’hui auprès du Monde.
Défenseur des médecines alternatives
Très proche d’une forme d’écologie inspirée des Colibris (un mouvement fondé par Pierre Rabhi, chantre de la « sobriété heureuse »), dont il a été membre plusieurs années, il défend une vision ésotérique de la médecine.
Cet opposant au transhumanisme a fait une visioconférence publique avec Thierry Casasnovas, l’entrepreneur et « gourou crudivore » de YouTube, malgré le veto de ses compagnons de RéinfoCovid, et prend régulièrement la défense de médecines alternatives qualifiées de charlatanesques par un grand nombre de ses confrères.
« Il donne du crédit à des gens qui sont extrêmement dangereux », s’insurge Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive à l’hôpital Avicenne, à Bobigny. Ce que conseille « Casasnovas est criminel, on a des patients qui arrivent en réa parce qu’ils ont arrêté l’insuline en étant diabétique. Ces gens méritent d’être poursuivis ».
Les prises de positions de Louis Fouché sont d’autant plus étonnantes qu’il travaille comme anesthésiste-réanimateur. « C’est une des spécialités qui a émergé avec la science, d’une haute technicité, avec une importante médicamentation. S’opposer à la science est difficilement entendable quand on est réanimateur », s’étrangle son confrère de la Timone, à Marseille, Julien Carvelli.
« Brillant » et « rebelle »
Jeune interne déjà, Louis Fouché était atypique. Un de ses anciens chefs de service se souvient d’un « garçon intelligent, intéressant à écouter, non conventionnel », porté par des valeurs « très humanistes ».
Julien Textoris, qui l’a fréquenté lors de son internat, décrit un « original, dans le sens positif du terme : très intelligent, brillant, peut-être trop en avance sur son temps. Il avait un compost quand je n’en avais encore jamais entendu parler ! » Très investi dans les réflexions éthiques, il séduit dans les congrès par ses discours iconoclastes, grâce à « un côté écolo, anti-industrie, avec une certaine liberté de parole », se souvient un ancien chef de service.
Mais ce jeune médecin théâtral et bouillonnant a aussi du mal à accepter les contraintes hiérarchiques, et tout en cherchant la reconnaissance de ses supérieurs, passe du temps à les contredire. « Il avait un aspect très rebelle, contre le système, relève Julien Textoris. J’ai l’impression qu’on a raté quelque chose : bien encadré, il aurait pu devenir un universitaire brillant. »
A la place, Louis Fouché se braque et s’enferme dans une vision de plus en plus personnelle et idéologique. A l’image de ses discours sur les vaccins à l’hôpital, ou ses positions sur l’IVG qui, pour lui, n’est « pas morale », et l’ont conduit à refuser des consultations, rapporte un de ses collègues. Dès lors, malgré toutes ses études – hypokhâgne, médecine, master d’éthique médicale –, ses positions lui ferment des portes, notamment à la Timone. Il a depuis atterri à l’hôpital de la Conception, où, en dépit de son prosélytisme et de ses disparitions, il est apprécié comme un collègue prévenant et qui ne compte pas ses heures.
Le tremplin du Covid-19
C’est là, de la Conception, qu’il se fait connaître du grand public à la fin du printemps 2020, commentant de son bureau la crise sanitaire sous la forme de pastilles rassurantes au ton moqueur. Les vidéos péremptoires de ce blondinet à l’éternel sourire en coin percent sur Facebook. Son leitmotiv : « Arrêtez de paniquer avec le Covid-19, ça va. »
Ses pairs hurlent. « Il n’a jamais été en position de mesurer l’ampleur de l’épidémie », grince un confrère marseillais. Tandis que la Timone, en première ligne, écluse le gros des patients en réanimation – environ 200 –, il n’en aurait vu passer qu’une poignée selon ses confrères. Lui conteste en janvier, dans un droit de réponse à Marsactu : il en aurait vu « bien plus de vingt-cinq ». Qu’importe. Après avoir réuni autour de lui quelques confrères, il fonde durant l’été RéinfoCovid et rejoint la France rassuriste.
Parmi les médecins comme Didier Raoult, Jean-François Toussaint ou Christian Perronne, qui prônent des mesures assouplies, le docteur Fouché se démarque : quand d’autres parlent de courbes épidémiques, lui place le débat au niveau du projet de société. Son ton dédramatisant et fédérateur fait mouche.
Un vernis séducteur
Le médecin se distingue aussi par un style très érudit. Il n’est plus seulement question d’aérosols, de Pfizer ou de Big Pharma, mais de la « fabrication du consentement » de Noam Chomsky, de la prudence d’Aristote, ou encore de l’allégorie de la caverne de Platon. Et ce masque, interroge-t-il, n’est-ce pas une injure à la philosophie du visage d’Emmanuel Levinas et donc une négation d’autrui ?
Ces arguments résistent mal à l’analyse. « N’importe quel étudiant en licence qui sortirait ce qu’il dit se ferait recaler à l’oral », s’étrangle Laurent Vassel, enseignant en philosophie, qui rappelle que le concept de visage chez Levinas s’étend à tout le corps et exhorte à respecter la vie d’autrui – soit le contraire du non-respect des gestes barrières. « C’est un très mauvais lecteur, mais un lecteur malin. Il manipule le texte en permanence. »
Est-il sincère ou cynique ? « Je pense qu’il y a une part de sincérité chez lui, mais qu’il est prêt à tout pour atteindre son but, même à mentir d’un point de vue scientifique, observe le « gilet jaune » et docteur en microbiologie Alexander Samuel, qui le combat publiquement. Par exemple, quand il affirme que les tests de stabilité sur le vaccin n’ont pas été réalisés, en tronquant une phrase. C’est difficile de ne pas faire ça volontairement. »
On m'a recommandé de regarder une nouvelle vidéo de fouché, comme si j'en avais pas subi assez… Bon du coup voilà… https(://)t(.)co/ORHSI97Fpy
— AlexSamTG (@Alexander Samuel)
Des doubles discours, il en tient. Il loue à longueur d’entretiens l’Institut hospitalier universitaire (IHU) et son médiatique chef Didier Raoult, mais, dans l’intimité d’une conversation, le qualifie d’« usine à PQ », rapporte l’un de ses interlocuteurs. Interrogé sur cette sortie, Louis Fouché refuse de répondre de propos tenus en privé.
Peur de la contradiction
De la même façon, Louis Fouché prend soin de choisir ses contradicteurs. Son unique duel public avec un pair l’a opposé à Martin Blachier, épidémiologiste et chef d’entreprise, en novembre 2020. « Sud Radio m’avait appelé en me disant qu’il refusait de discuter avec le moindre scientifique, sauf moi », témoigne ce dernier, qui constituait une cible facile : il suffisait à Louis Fouché de souligner que M. Blachier travaille avec des laboratoires pour le discréditer auprès des complotistes.
Pour le reste, il est très rare que l’anesthésiste se retrouve en position d’être contredit. C’est arrivé une fois, sur CNews, où, mis en minorité par les intervenants, le chantre de la non-violence et de la diplomatie avait perdu ses nerfs. Encore récemment, Louis Fouché a refusé de débattre avec le réanimateur Damien Barraud, farouche opposant à Didier Raoult, comme avec Alexander Samuel. Son confrère de la Timone, Julien Carvelli, l’a aussi contacté pour essayer d’échanger de manière constructive. En vain. « J’ai senti qu’il se sentait agressé. Quand il sait qu’il n’est pas suivi, il a un peu peur. »
A l’occasion d’un Facebook Live animé par Maxime Nicolle, Alexander Samuel a tout de même réussi une fois à apporter la contradiction, sous la forme d’une correction sur le tchat : Maxime Nicolle avait lu son commentaire en plein direct, obligeant Louis Fouché à reconnaître que, contrairement à ce qu’il venait d’affirmer, le vaccin ne déclenche pas des formes graves. Du bout des lèvres, il avait alors expliqué « simplifier », puis accusé son interlocuteur de « dogmatisme péremptoire ».
Rupture avec la science
Pour le docteur Stéphane Gaudry, Louis Fouché connaît ses limites. « Il sait très bien que, face à quelqu’un qui connaît la science, il ne tient pas cinq minutes. Et comme il n’est pas bête, il évite la confrontation avec des scientifiques. »
Avec seulement huit apparitions dans la banque de données scientifiques PubMed, chaque fois en tant que contributeur mineur, le réanimateur marseillais n’a pas l’étoffe d’un chercheur. « Didier Raoult est un scientifique de haut vol, mais Louis Fouché n’est personne », balaie un éminent professeur d’université en anesthésie-réanimation. « Que Dieu me préserve des “sachants” péremptoires ! J’aime le débat et la contradiction avec tous les scientifiques », rétorque l’intéressé, pourvu qu’il y ait un « respect mutuel ».
Auprès de ses confrères, ses discours antiscience agacent de plus en plus. « Les conséquences sont extrêmement néfastes, déplore Stéphane Gaudry. Avec les vaccins, des centaines de milliers de vies vont être sauvées, donc tenir des discours antivax en situation de crise du Covid, c’est criminel, il n’y a pas d’autre mot. »
Louis Fouché a reçu un rappel à l’ordre de sa hiérarchie en décembre 2020 et n’a désormais plus le droit de s’exprimer en qualité de médecin des hôpitaux de Marseille. Pour l’instant, rien de plus : les scientifiques hérissés par ses prises de position veulent éviter d’en faire un martyr.
« C’est du temps perdu, estime Olivier Joannes-Boyau, président du comité réanimation de la Société française d’anesthésie-réanimation. Quand Fouché raconte des énormités, plus on va contre, plus ça alimente son délire. » Lui-même se vante d’avoir reçu des centaines de courriels de soutien lors de sa convocation en décembre 2020 et semble impatient de monter une société alternative.
Hypnose et séduction
Louis Fouché parle depuis peu d’« avoir un projet de vivre ailleurs, dans un écolieu ». Il évoque un système inspiré des Colibris, émancipé de l’éducation nationale, avec un réseau de médecine parallèle et une réflexion sur la création de monnaies alternatives. Une tentative de « sortir de l’idéologie anxieuse néolibérale technosanitariste transhumaniste mondialisée », et de refaire « du “je” individué et du “nous” pluriel », écrit-il au Monde.
Un parcours qui inquiète. « Il a un discours assez ambigu, proche des techniques qu’on peut utiliser dans les relations d’emprise », s’inquiète Alexia Morvan, diplômée de psychothérapie et psychopathologie, qui accompagne des personnes victimes d’emprise. Lui-même recommandait en novembre 2020 à des « gilets jaunes » des « techniques d’hypnose », afin de faire du « lavage de cerveau ».
Ses démonstrations se doublent parfois d’envolées mystiques assumées, comme lorsqu’il parle d’un « combat du bien et du mal », évoque une « énergie [qui] vient d’ailleurs » ou, à d’autres occasions, se réfère à Dieu qui cherche ses « Justes ». « Ce n’est pas un gros mot, de dire “spiritualité” », assure-t-il dans une vidéo sur la permaculture, où il assume l’influence du tantrisme et de différents monothéismes. Le 26 mai, sa vidéo « Et demain ? » a d’ailleurs été partagée par Raël, le fondateur de la secte des raéliens.
« Les gourous, en général, sont des gens qui n’ont pas eu assez de reconnaissance dans le cadre de leur profession », avertit Pascale Duval, porte-parole de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes, qui estime que Rémy Daillet, le « gourou » impliqué dans l’enlèvement de la petite Mia, lui « fait moins peur qu’un Fouché, qui se réfugie derrière un discours humaniste. »
L’intéressé dénonce une « tentative caricaturale », qui traduit à ses yeux « le niveau de totalitarisme et de confusion » actuel. Le 5 juin, il était présent à une table ronde avec des intervenants complotistes à l’université citoyenne d’Avignon. Encore une fois, il s’est arrangé pour figurer dans un panel sans contradicteurs.


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